Comme promis la semaine dernière quelques réflexions ici sur mon projet « VdlN ». Débuté l’année dernière, je l’avais d’abord écris à la troisième personne, et puis j’ai voulu me rapprocher de mon personnage, livrer des parts d’elle-même, des pensées « plus intimes », et suis passée à la première personne.
Jusqu’ici j’avais plus souvent écris à la troisième personne, sans devoir « m’identifier » au narrateur directement, l’exercice est assez difficile. Lorsqu’on écrit à la troisième personne, on peut se permettre de délivrer au lecteur des secrets que le personnage principal ignore. On peut aussi plus facilement jongler entre différents personnages (encore que David Wellington, jongle entre 1ère et 3ème personne dans sa trilogie Zombie, donc la chose est tout de même envisageable). Lorsqu’on écrit à la première personne on peut du coup être un peu frustré, savoir des choses que le héros ou l’héroïne ne connaissent finalement pas et ne pas pouvoir les révéler avant que le personnage ne les connaissent lui-même, on garde ainsi un élément de surprise. Pour me libérer un peu de ce carcan, j’avais fait à certain de mes chapitres de petites introductions au cours desquelles il m’arrivait de m’affranchir de cette narration, cependant dans la plupart, je suis restée à la première personne.
Il s’agissait aussi pour moi dans ce choix d’être plus proche d’un personnage dont la nature (succube) n’est pas vraiment bonne à la base et ainsi de créer un rapprochement avec le lecteur, qui lui permette de comprendre un peu mieux les pulsions de la créature et son mode de fonctionnement.
Si l’écriture n’est pas un travail aisé de toutes façons, écrire à la première personne me semble plus difficile, plus exigeant et en reprenant aujourd’hui mon récit, je m’interroge sur le bienfondé de ce choix. N’est-il pas présomptueux de ma part d’utiliser ce style de narration ? Le choix en lui même est-il judicieux ? Ne serait-il pas intéressant d’avoir l’avis d’autres personnages ? Mon style d’écriture correspond-t-il bien à ce type de narration ?
Evidemment, indépendamment du style d’autres questions me tourmentent, comme à chaque fois que je relis quelque chose que j’ai écris. Le scénario a-t-il un intérêt ? Le personnage n’est-il pas « nian-nian » (je déteste les personnages niais) ? etc… Mais là n’est pas le sujet aujourd’hui.
Pour en revenir aux personnages, je me suis dis à un moment donné que ce style de narration ne m’empêcherait finalement pas de procéder comme dans d’autres récits que j’ai écris/débutés, c’est à dire de faire parler plusieurs personnages. Il suffirait d’indiquer au lecteur qui parle. Mais, pour moi, cela porte à confusion, si l’on utilise le « je » pour rapprocher son lecteur de son personnage, ne risque-t-il pas d’avoir du mal à suivre si on lui propose deux ou trois narrateurs différents ?
Réflexion faite, dans le type de récit que j’écris, cela n’aurait pas vraiment d’intérêt je crois. Il vaudrait sans doute mieux pour moi exploiter d’autres « failles », faire en sorte à ce que mes personnages secondaires apprennent des choses qui ne viennent pas directement aux oreilles de mon personnage principal, mais qu’ils le lui rapportent.
Le mieux pour moi est sans doute de continuer à la première personne, de terminer totalement mon récit, quitte à reprendre fastidieusement une écriture à la troisième personne par la suite, le tout nécessitera de toute façon un travail de ré-écriture afin de vérifier la cohérence globale du récit.
Voici un petit extrait du chapitre 1 :
J’ai vécu l’inquisition, évité les bûchers réservés aux sorcières, fais peu cas de la peste noire et fuit le grand incendie qui ravagea la ville en 1463. Bizarrement, et parfois à mon plus grand regret, je ne suis pas passée entre les mailles du filet en ce qui concerne Eithne. Leurs agents me sont tombés dessus une nuit d’avril 1882. Je me demande encore pourquoi ils ne m’ont pas tout de suite exécutée, étant donné la résistance que je leur ai opposée, ce soir-là et au vu des contrariétés que j’impose encore aujourd’hui à mon patron à cause de mon manque de discipline, cela aurait été plus raisonnable.
Ce soir-là, j’étais distraite, c’est sans doute pour cela qu’ils ont pu m’approcher sans que je m’en rende compte. Rendue fiévreuse par un instinct que je ne pouvais contrôler, je cherchais un homme. Je me refusais à faire subir cela à un ami ou même un petit-ami, d’ailleurs, il faut dire que ma vie sociale est parfois sacrément compliquée à cause de ma nature. Les autres femmes me voient immédiatement comme une rivale et pour cause. Mes yeux avaient la teinte chaude de la cannelle, dont la plupart des gens, sans y regarder de plus près auraient dit qu’ils étaient brun clair. Ma chevelure brune, longue et opulente avait les reflets flamboyants des flammes et pas une imperfection ne venait altérer ma peau ou mes traits.
Enfant, ma beauté délicate avait fait la fierté de ma mère. Adolescente, elle avait commencé à attirer les garçons et même les hommes faits, et mon attitude « provocante » aux dires des femmes du village, n’avait cessé de m’occasionner des reproches de la part de ma mère. C’est à cette époque que ma mère avait commencé à me trouver des ressemblances avec mon père. Ce père inconnu, cet étranger qui l’avait séduite et qui avait ensuite disparu, la laissant seule et enceinte. Le village entier avait changé d’attitude envers ma mère, la considérant comme une fille aux mœurs légères, et il leur semblait parfaitement naturel que je suive ses traces. Malgré mes tentatives de me montrer plus discrète, ma nature reprenait toujours le dessus et rien de ce que je pouvais faire ne pouvais la cacher. J’avais seize ans lorsque ma mère m’expliqua que je devais quitter son toit, et m’éloigner du village…


